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Hebron, dense journée

Hebron, dense journée

Trop tôt. 6h, c’est vraiment matinal. Le bon côté, c’est qu’on feinte ainsi le concert de marteaux piqueurs qui débute tous les matins à 8h, et dont l’efficacité pour nous réveiller n’est plus à démontrer. Partout, dans Ramallah, il y-a des travaux immobiliers. C’est en effet une des zones contrôlées civilement par les Palestiniens, dans laquelle les Israéliens ne peuvent pas limiter l’expansion démographique. Le phénomène est en outre probablement et comme à peu près partout accentué par la spéculation sur la pierre.

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Mais bon, il était trop tôt, et nous partîmes bien embrumés quoique sous un soleil déjà menaçant pour un voyage de deux heures en direction d’Hebron. Je vous ai déjà raconté la "route de la vallée du feu", magnifique et spectaculaire. Hebron n’est pas loin du tout à vol d’oiseau, oui mais voilà, si les Israéliens prennent parfois les Palestiniens pour des oiseaux, ce n’est pas pour leur permettre d’aller rapidement d’une ville à une autre. Pour le coup, ça a au-moins permis à pas mal d’entre nous de se rendormir dans le bus.

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Arrivés à Hebron, nous avons découvert le théâtre, une très belle salle et une très belle scène. Monter la structure n’était pas indispensable, nous nous en sommes donc passés, ce qui a contraint les aériens à s’adapter à une nouvelle disposition. Faute de temps, ils le firent en direct pendant le spectacle, et avec brio. Chapeau. Ce n’était pas le seul changement : Hebron est une ville très très conservatrice, les femmes y sont voilées et les rapports homme/femme limités. L’imam était sensé être dans la salle pour s’assurer du caractère moral du spectacle. Nous avons donc dû modifier certains passages, mais finalement très peu. Chaque année, l’École de Cirque de Palestine repousse un peu plus loin les limites, et ça passe. Les consignes insistaient seulement sur l’impossibilité de laisser apparaitre un morceau de peau sur scène, à part au-dessus du coup, après les coudes et les chevilles.

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Tout le monde accepta les contraintes, comprenant bien qu’il s’agissait de reculer pour mieux sauter. Il y avait dans la salle la Palestine de demain, toute une jeunesse à qui ce spectacle, et l’action de l’ECP en général offre de nouvelles perspectives de tolérance.
Cette troisième présentation fut meilleure que les deux autres, pleine d’énergie, avec une prise de liberté et surtout un public survolté, très jeune et chauffé à blanc par la fanfare qui a repris à sa sauce cinq morceaux palestiniens avant que nous jouions. Et puis jouer en salle, c’est quand-même confortable... Les sourires s’affichaient donc franchement sur la plupart des visages des acteurs, d’autant plus que les membres de la fanfare nous offrirent des gaufres avant de nous quitter. Et c’est vrai que les desserts commençaient à nous manquer un peu...

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Ils allaient vite laisser place à la gravité puis à la tristesse.
En effet, Shadi nous demanda de nous réunir sur la scène du théâtre pour discuter. Il s’agissait de savoir ce que nous pensions de la date à Jérusalem dans l’hypothèse ou nous ne pourrions pas tous y aller. Pour rappel, les Cisjordaniens n’ont pas le droit de se rendre à Jérusalem Est, pourtant reconnu internationalement comme palestinien. Une demande a été faite très en avance pour que des autorisations soient accordées aux membres de l’ECP, mais nous n’avions pas reçu de réponse.
La première réaction des lidotiens consistait à afficher sa solidarité avec les Palestiniens. S’ils ne jouaient pas, nous non plus.
Mais très vite, nous nous dîmes tous que seraient alors punis les enfants jérusalemites, et satisfaites les autorités israéliennes qui ne souhaitent pas que les arabes réaffirment par un spectacle leur légitimité sur la ville. Non, nous jouerions, en pensant aux potentiels absents. Lorsque cette conclusion fut partagée par tous, Shadi très ému nous demanda d’aller faire un gros câlin à un élève palestinien, le seul qui ne pourrait pas se joindre à nous. Shadi avait reçu les réponses juste avant le spectacle, et avait tout gardé pour lui.

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Le seul recalé n’est pas inconnu des lecteurs de ce blog : c’est le jeune qui a fait de la prison pour avoir, petit enfant, jeté des cailloux sur un véhicule israélien. Les militaires l’avaient menacé de ne plus pouvoir faire de cirque. Ils ont, hélas, tenu parole.
Si le moment fut très triste, il fut aussi très fort. Nous étions tous ensemble, unis dans l’émotion. Nous repartîmes d’Hebron dans cet état, négligeant à cette occasion les consignes de ne pas avoir de contacts physiques entre hommes et femmes dans la rue... Les besoins de câlins étaient trop forts !
Certains avaient exprimé leur désir de voir l’autre côté de Jérusalem, Shadi, qui est jérusalémite, les y emmena.

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Pour les autres, ce fut une visite de Bethléem sur le trajet du retour. Dans l’église de la nativité, lieu supposé de naissance du Christ, nous pensions tous à autre chose.

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